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Le troisième sûtra

Sutra III : “Tada drastuh svarupe-avasthanam“

 

Alors “ce qui perçoit‘ est établi (ou rétabli) dans sa propre nature.“ Traduction de Frans Moors. Patanjali Yoga-sutra. Les Cahiers de Présence d’Esprit.

Alors se révèle notre centre, établi en lui-même‘ Traduction de Françoise Mazet. Albin Michel.

Alors se manifeste la capacité de percevoir l’objet clairement et correctement.“ Traduction de T.K.V.Desikachar dans Freud et le Yoga. Editions Agamat.

Alors ce qui voit se révèle à lui-même.“ Traduction de François Lorin. Le livre de maintenant. Edition IFYM

 

Le troisième sûtra est en lien direct avec le deuxième sûtra. Il apparait comme une conséquence de celui-ci : lorsque les fluctuations du mental sont canalisées alors l’être profond (drastuh) occupe sa vraie place.

Ce sûtra nous fait deux révélations : il nous apprend qu’il y a en nous une possibilité de voir, autre que celle qui nous est familière et il nous indique que cet autre regard possède une forme propre qui ne se dévoile que lorsque nos pensées cessent de tourbillonner.

Le mot drastuh  vient de Drs, racine verbale de “voir“. Frans Moors évoque « un observateur intérieur“, François Lorin parle du “spectateur éternel du film de la vie“ ou encore de “ce que l’on doit vraiment nommer Je, même si ce pronom est déjà utilisé pour désigner le personnage Moi“, Françoise Maet évoque, elle, un Centre qui serait le notre.

Dans les commentaires que j’ai pu lire jusqu’à présent, les auteurs font tous une équivalence entre drastuh et purusha, qui apparait plus tard dans les sûtra. A leurs dires, les deux mots évoquent l’être profond.

Je ne sais si j’ai tort ou raison mais je me suis toujours sentie rétive à cette assimilation. Pourquoi Patanjali n’aurait-il pas, dans ce cas, employé le même mot, d’un bout à l’autre du traité ? Pourquoi la définition du yoga est-elle donnée avec drastuh et non avec purusha ?

Le fait que drastuh soit cité en premier, qui plus est dans la définition de l’état de yoga, lui confère, me semble-t-il, une dimension autre. Et témoigne à travers l’étymologie du mot d’une « possibilité de voir » associée au yoga.

C’est aussi une façon d’insister à la fois sur l’importance du regard que nous posons sur le monde et sur le lien profond entre ce regard et nos pensées. De ce regard, façonné par nos pensées, découle en effet la façon dont nous vivons le monde et les autres.

D’où la dimension révolutionnaire du yoga. Transformer le regard que l’on pose sur le monde et sur les autres c’est aussi par ricochet, transformer sa façon d’être au monde. Et peut-être aussi transformer le monde…

Nathalie Mlekuz

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