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Yoga sans douceur ?

J’ai une amie, enseignante de yoga, qui, l’an dernier, est partie vivre à Moscou. Elle a là-bas essayé différents cours et a été très étonnée de constater que le yoga était essentiellement transmis dans un esprit de performance physique. Avec des  enseignants très interventionnistes, l’un d’entre-eux étant même allé jusqu’à lui appuyer brutalement sur le dos pour la faire descendre davantage dans la posture de la pince… Cela l’a tellement contrariée qu’elle a finalement reoncé à trouver un cours qui lui convienne.

Dans Au-delà du corps (Les cahiers de présence d’Esprit), Desikachar raconte avoir orienté l’une de ses élèves vers son oncle Iyengar : “Elle était très gentille avec moi et moi avec elle, mais la relation ne se faisait pas. Un jour nous en avons parlé et au bout d’un moment, je lui ai dit : “Va voir mon oncle, il est très expérimenté, il peut t’aider.“ Mon oncle est Iyengar, il est connu dans le monde entier. Je lui ai écrit pour l’annoncer et elle y est allée. Sa méthode est très différente et cela l’a transformée. Elle m’en est très reconnaissante. Chaque fois qu’elle arrive en Inde, elle me rend visite. Peut-être vous n’aimeriez pas faire du yoga avec mon oncle ? Dans pascimatasana, par exemple, si le dos est trop courbé ou s’il ne descend pas assez, il place son pied sur le dos et il pousse ! Mais, elle, elle est très contente. Moi, je ne l’ai jamais touchée avec mon pied !

Cité par Philippe Filliot, dans Le yoga comme art de soi, B.K.S. Iyengar indique  : “Une des raisons pour lesquelles j’ai été assez dur lorsque j’enseignais les asâna, et suis encore très exigeant, est que je tiens à ce que mes élèves vivent vraiment dans le présent pendant l’heure et demie que dure la leçon. pendant que je crie pour qu’ils tendent leurs jambes (…) ils ne peuvent pas se demander ce qu’ils vont faire à dîner ou s’ils auront bientôt une promotion (…)

Qu’est-ce qui fait que certaines personnes aiment être ainsi malmenées ? Cela reste pour moi très mystérieux… Replongent-elles dans un climat émotionnel proche de celui de leur enfance ?  Retrouvent-elles des sensations qui leur sont familières ?

Lojn de moi l’idée de critiquer les méthodes d’un maitre indien : c’est à chacun de trouver le yoga qui lui convient, chaque recherche est vraiment singulière et ce qui peut parfaitement convenir à une personne peut aussi être très néfaste pour une autre. Mais, personnellement, en tant qu’enseignante, je corrige rarement un élève, je ne le fais que si je sens qu’il risque de se faire mal ou s’il part dans une direction vraiment contraire à la posture, et si je suis, dans ce cas, amenée à toucher la personne, je le fais toujours avec beaucoup d’attention et de respect. Le reste du temps, ce qui m’importe c’est que chaque participant puisse prendre par lui-même conscience de sa position, de ses gestes, qu’il puisse suffisamment s’intérioriser pour s’affranchir d’un regard extérieur et développer son propre discernement.  Le lien au moment présent est pour moi également essentiel, mais plutôt que d’empêcher par des cris les personnes à penser à ce qu’elles vont  faire après le cours, j’essaye plutôt, avec douceur, de les rendre présente aux pensées qui, pendant la pratique, continuent à leur traverser l’esprit, de les rendre consciente du moment où elles ne sont plus vraiment là parce qu’elles sont en train de penser à autre chose… Pour qu’elles puissent ensuite revenir vers le moment présent, c’est à dire pratiquer ce que le yoga appelle L’éternel retour.

Nathalie Mlekuz

 

 

 

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