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Une petite histoire que j’aime beaucoup : un roi demande un jour à l’un des plus éminents philosophes de son royaume de lui faire un résumé sur ce que constitue une existence humaine. Le philosophe s’y emploie et après avoir beaucoup réfléchi, écrit cent pages sur le sujet. Le roi les lit mais trouve le texte trop long et demande au philosophe de synthétiser davantage sa pensée. Le philosophe parvient à réduire le texte à 50 pages mais c’est toujours trop long pour le roi qui aimerait qu’il lui fournisse vraiment la substantifique moelle de la vie. Le philosophe lui remet vingt pages mais le roi reste insatisfait. Dix pages, c’est encore trop. Cinq pages également. Une aussi. Excédé, le philosophe finit par écrire : l’homme naît, il souffre, il meurt

Tout cela pour dire que la souffrance fait inéluctablement partie de nos vie, de toute vie… Certes, certains destins sont beaucoup plus lourds que d’autres, mais aucun être humain ne peut espérer traverser une vie sans souffrance.

Que peut le yoga face à cette souffrance ? Dans le deuxième chapitre des yoga sûtras de Patanjali (le livre de base de la philosophie du yoga), le deuxième sutra stipule que l’un des deux buts du yoga est l’atténuation des sources de souffrances (l’autre étant le développement d’une vision de plus en plus claire). Toujours dans ce même chapitre le seizième sutra assure que la souffrance à venir peut être évitée.

Ainsi, si le yoga n’est d’aucun secours pour la souffrance passée, il constitue en revanche un allié précieux pour apaiser cette souffrance dans le futur.  En ce sens, se mettre sur un tapis, pratiquer avec foi et régularité, dans un esprit de détachement, c’est se donner le moyen d’explorer un autre chemin,  d’ouvrir en soi, avec le souffle, pas à pas, un nouvel espace pour accueillir ce qui, en nous, souffre, pour en comprendre la cause, lui donner du sens et réussir ainsi à l’atténuer.

Le yoga en ce sens est profondément optimiste. La souffrance n’est pas inéluctable et la pratique du yoga nous transmet des outils très concrets pour nous aider à traverser des situations douloureuses et surtout pour nous affranchir de certaines répétitions nocives.

D’autre part, selon Desikachar, si nous sommes conscients que nous souffrons, cela signifie qu’une part de notre être n’est pas atteinte par cette souffrance et que nous pouvons essayer petit à petit (cela réclame assurément du temps et de la persévérance) de nous identifier davantage à cette part qui observe, qui accueille plutôt qu’à celle qui souffre.

Je me rappelle avoir été marquée lorsque j’ai travaillé avec Béatrice Viard par l’une de ses phrases disant que l’on pouvait, grâce au yoga, se sentir beaucoup mieux dans son corps à 60 ans qu’à 40 ans… Dans notre monde qui vit la vieillesse comme un déclin inexorable, cette façon de voir les choses ouvre un autre possible.

 

Nathalie Mlekuz

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