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“En sainte“

J’avais huit ans lorsque j’ai découvert que le mot que je pensais s’écrire « en sainte“  s’écrivait en réalité « enceinte“. Je me rappelle toujours très nettement la profonde déception qui a accompagné ce passage soudain d’une image de femme sertie d’une auréole à celle d’une  femme forteresse ! Ne connaissant pas encore Lacan et ne sachant pas alors que la façon dont on entendait un mot et ce qu’il nous signifiait à travers ses sonorités était tout aussi important que la façon dont il s’orthographiait, je suis restée abasourdie par le choix de ce terme barricadé pour nommer l’état de grossesse. Comme si le fait d’attendre un enfant passait brutalement, devant mes yeux d’enfant, de sa dimension spirituelle à sa dimension purement matérielle.

Enceinte vient de incincta, en latin, participe passé de incingere, ceindre, entourer. Parallèlement à cette origine latine, le mot aurait également été influencé par le grec kuein, enfler.

Enceinte :“circuit de murailles, de fossés“, nous donne comme premier sens le Littré. “Un espace qui est clos“ est donné en deuxième. “Ce qui entoure un espace à la manière d’une clôture et en défend l’accès“, assure le dictionnaire le Robert. La femme « enceinte » est ainsi perçue dans la langue française, au sens réel du terme, comme une citadelle imprenable. L’accent est mis sur la protection qu’elle offre à son enfant face au monde extérieur. Le corps devient château-fort.

Dans le langage contemporain, le mot « enceinte » revêt désormais un autre sens : celui de haut-parleur. Le corps devient alors caisse de résonance.

Forte de ce savoir, j’ai appris à aimer ce mot qui finalement rassemble en lui toutes ces images qui font sens. Et je me dis que c’est peut-être à la fois pour adoucir ce corps que la langue bétonne, écouter ce qui en lui résonne et faire en sorte que les femmes se sentent  tout autant enceintes que »en saintes », que je propose aujourd’hui des cours de yoga prénatal.

Nathalie Mlekuz

 

 

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