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“La naissance au naturel, libération ou aliénation ?“ Tel était le fil conducteur de la soirée débat organisée par Le Calm (Comme à la Maison, Association pour la maison de Naissance des Bluets), le 22 mai dernier, dans le cadre de la SMAR, Semaine Mondiale pour l’accouchement respecté. Une question qui a suscité l’intérêt d’un grand nombre de personnes puisque la salle de 85 places était complète et que beaucoup de retardataires, dont je faisais partie, sont restés debout ou assis par terre !

Naissance au naturel ? A l’adjectif « naturel“, Jacqueline Lavillonnière, sage-femme libérale qui accompagne depuis 30 ans des accouchements à domicile, préfère celui de « physiologique“. Une naissance physiologique se définissant, selon elle, par l’absence de médicaments et la présence d’un accompagnement permettant à la femme de se sentir en sécurité. Palmira La riva Gonzales, anthropologue, a elle insisté sur le fait qu’un accouchement n’a rien de naturel puisque depuis la nuit des temps, partout dans le monde, les êtres humains ont élaboré des rituels très sophistiqués, enracinés dans des cultures très différentes pour accompagner la mise au monde. Elle a aussi pointé à quel point cet adjectif « Naturel » était actuellement dans l’air du temps, utilisé tout autant comme outil marketing que dans une idée de résistance à la chimie et à la technique.

Psychologue clinicienne, Liliane Feuillet s’est interrogée sur  l’impossibilité de dialogue dans les maternités entre ceux qui ne jurent que par la technique et ceux qui font totalement confiance à la nature. Maud Arnal, sage-femme à la maternité des Lilas qui effectue un master en sociologie sur les douleurs et la mise au monde, a rappelé que pouvoir accoucher sans douleur était une revendication portée dans les années 60 par les féministes. Détournant le slogan « Mon corps m’appartient« , Jeanne Weiss avait intitulé son intervention « Ma douleur m’appartient« , et, faisant un parallèle entre le droit à l’avortement et le droit à la péridurale, elle a fait valoir que si le droit à l’avortement était une victoire, l’avortement, lui, n’en était jamais une

Reprenant les chiffres de l’enquête du CIANE (que j’ai évoquée lors d’un précédent article intitulé Accoucher sans péridurale ?), Madeleine Akrich, secrétaire du CIANE, a souligné l’ampleur de la généralisation de la péridurale et constaté qu’il était plus facile aujourd’hui de réaliser un souhait de péridurale plutôt qu’un souhait de non péridurale. D’autres sage-femmes qui sont intervenues lors du débat, ont indiqué que bien souvent elles demandaient la péridurale parce qu’elles étaient obligées d’abandonner les femmes en cours de travail, qu’elles n’avaient pas le temps de les accompagner et de les soutenir…

Les Maisons de Naissance, dont le cadre légal pourrait voir le jour cet année, devraient offrir aux femmes des lieux privilégiant l’accompagnement humain plutôt que chimique (en réservant celui-ci aux situations réellement pathologiques).  Claire Piot, représentante d’Osez le féminisme !, a souligné qu’il  serait important que ces maisons de Naissance ne soient pas réservées à quelques privilégiées… Ce en quoi une représentante du Calm l’a rassurée : au Canada, le développement des Maisons de Naissance a contribué à faire évoluer les pratiques  des maternités traditionnelles vers davantage d’humanité…

Nathalie Mlekuz

 

 

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