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Je n’avais personnellement jamais entendu parler du périnée avant ma première grossesse. Et je trouve cela très triste. Ce muscle plancher du bas du buste est, parait-il, célébré dans certaines cultures et fait l’objet de rituels de transmission entre mères et filles. Ce n’est malheureusement pas le cas en occident. Même si la situation a quelque peu évolué et que les jeunes femmes d’aujourd’hui sont généralement mieux informées quant à l’existence et à la localisation de ce muscle, ses dimension énergétique et symbolique restent, elles, négligées. Les jeunes femmes, faisant souvent une grande confiance au pouvoir médical, sont résignées à subir une épisiotomie (incision du périnée sensée faciliter la sortie du bébé et éviter les déchirures, son utilité est très contestée…) si le médecin ou la sage-femme la jugent nécessaire. Elles s’insurgent rarement que leur contentement n’ait guère été sollicité avant la procédure. Je n’ai vu qu’une seule fois depuis que j’accompagne des femmes enceintes, une jeune femme arriver en me disant sur un ton catégorique : « Je ne veux pas être coupée“. C’était son premier enfant mais elle était très informée sur la fréquence des épisiotomies dans les maternités françaises. Et pratiquante d’Aïkido, elle savait la valeur accordée à ce lieu dans la perception orientale. Elle a effectivement réussi à accoucher sans épisiotomie.

Selon une étude récente du Ciane (Collectif Inter Associatif autour de la Naissance) qui repose sur 9 783 accouchements par voie basse, dont 6 300 depuis 2010, le taux d’épisiotomie s’établit à 30% sur la période 2010-2013 (47% pour un premier accouchement, 16% pour les suivants) alors qu’il était de 47% en 2005. Il y a donc un progrès réel. Toutefois dans 85% des cas le consentement de la femme n’est toujours pas demandé. D’autre part, trois femmes sur quatre ayant eu une épisotomie disent en avoir souffert et parmi elles 61% en ont souffert plus d’une semaine.

En médecine chinoise le périnée s’appelle « le muscle des ancêtres“. Dans la vision du yoga, il est relié à un chakra (c’est-à-dire le centre d’une énergie particulière) appelé muladhara ou encore le chakra racine. « mula« voulant dire racine en sanskrit et « adhara“, lieu. Symboliquement le périnée nous relie à la mémoire de nos origines. C’est le lieu de notre enracinement dans l’histoire de l’humanité. C’est aussi un lieu en lien avec des peurs extrêmement profondes : peur de ne pas avoir notre place, de ne pas exister…

De fait, une incision dans ce tissu musculaire peut avoir des conséquences importantes sur un plan émotionnel. C’est loin d’être anodin. Le CIANE fait valoir qu’il existe aujourd’hui des établissements en France ayant des taux de 10% et qu’il reste donc une marge de progrès non négligeable.

Personnellement ayant constaté que des femmes, qui s’étaient pourtant extrêmement bien préparées, avaient tout de même subi une épisiotomie, j’invite désormais les personnes que j’accompagne en cours de yoga collectifs ou en séance individuelles à domicile, à signaler d’emblée, si elles le souhaitent, que si c’est possible, elles préfèrent éviter cette “coupure“.

 

Nathalie Mlekuz

 

 

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