Que transmet un.e enseignante de yoga ?

Séance de yoga à Epidaure (Paris 4)

Transmission et yoga. Que transmet un.e enseignant.e de yoga ? Cela fait, cette année, vingt ans que j’enseigne le yoga, à travers des cours hebdomadaires, des séances individuelles, des ateliers ou des retraites de plusieurs jours dans la Drôme, l’Ariège ou la Bretagne.

Au fil des années, il me semble que ce que je transmets relève essentiellement de ma propre relation avec mon corps physique, mon souffle, mon psychisme, mon intuition et ma joie. Soit mon propre lien avec les cinq corps évoqués dans la Taitirya Upanishad : anamaya, le corps de nourriture, pranamaya le corps de souffle, manomaya, le corps psychique, vijnana maya, le corps de notre sagesse profonde et ananda maya, le corps de joie. Cinq corps qui selon la philosophie du yoga sont emboités les uns dans les autres comme des poupées gigognes mais qui sont aussi en interaction constante, c’est-à-dire que tout ce qui affecte l’un de ces corps se répercute également sur les quatre autres.

Conscience de la vie en soi

Mon enseignement s’inscrit dans ma relation avec chacune de ces cinq enveloppes qui sont aussi en relation permanente entre elles. Certes les formations et les lectures sont importantes. Articles, livres, sites internet, films… ont contribué à enrichir mes connaissances sur le yoga. Mais, il ne suffit pas de lire un livre sur le périnée pour connaître cette partie du corps, si je ne mets pas moi-même en relation, sur le tapis, avec cet ensemble de muscles, si je ne prends pas le temps de l’écoute, de la perception directe, de l’expérimentation… mes mots ne peuvent relayer qu’une connaissance de surface. Idem lorsque je guide une méditation, ce que je transmets ce n’est pas seulement une technique mais avant tout une proximité, une intimité à la fois avec l’immobilité et avec mon propre psychisme.

L’essentiel s’inscrit dans ce temps que je parviens à passer seule sur le tapis, à vivre les postures, à être en assise à l’écoute du souffle, dans la conscience de mon agitation mentale, dans l’accueil de mes ressentis profonds et dans l’attention à tout ce qui au quotidien peut si vite venir ternir ma joie. C’est cette présence attentive à ce que je traverse, cette présence fragile qui n’est jamais acquise, qui se déploie puis disparait, cette attention bien souvent malmenée par les plis émotionnels qui sont les miens, cette conscience de mon monde intérieur qui, assurément, nourrit mes mots lorsque je guide une séance de yoga. Et c’est, me semble-t-il, ce que peut transmettre de plus précieux toute personne qui dispense des cours de yoga : cette conscience de la vie en soi qui permet, en retour, à ceux et celles qui reçoivent l’enseignement de cheminer vers leur propre profondeur d’être. Et par ricochet d’être un peu plus eux-mêmes.