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« Dormir est une autre façon de penser ». Roberto Juarroz, poésie verticale IX

 

Nidrâ en sanskrit signifie sommeil. Sur le plan étymologique, « ni » veut dire « à l’intérieur », avec une notion d’intimité, l’idée d’un nid originel, et « dra » constitue la racine du verbe s’enfuir. Dormir, c’est ainsi s’échapper à l’intérieur, opérer un très bénéfique retour vers soi.

En yoga nidrâ, le corps, allongé sur le sol et enveloppé dans une couverture, est invité à lâcher profondément prise et à aller jusqu’à s’endormir. Il rejoint alors un sommeil que le yoga appelle « Le sommeil roi » ou encore « Le sommeil des sages« . Soit un sommeil beaucoup plus profond que celui que nous pourrions atteindre la personne si nous décidions, par exemple, de faire une sieste durant la durée du yoga nidrâ et un sommeil  très ressourçant, très régénérant, très revivifiant. Un sommeil qui également, à la différence de celui d’une sieste, ne laisse pas l’esprit ensommeillé. Il y a un petit moment de passage, de transition, à la fin du yoga nidrâ, mais l’esprit se retrouve ensuite dans une très grande disponibilité vis-à-vis du moment présent… A tel point qu’il est conseillé, lorsque l’on a un travail urgent à faire, plutôt que de se lancer dans ce travail plein de tensions et de crispations, de commencer, si on en a la possibilité, par faire un yoga nidrâ, et l’on a alors toutes les chances de réaliser ce travail avec beaucoup plus de fluidité et d’efficacité… Beaucoup de chances d’être davantage inspiré !

En yoga nidrâ, donc, le corps est invité à s’endormir et la conscience va elle si possible rester en état de yoga. Cet état de yoga est défini dès le deuxième sûtra dans le livre de base de la philosophie du yoga, Les yoga sûtras de Patanjali, par « yoga citta vrtti nirodha » : le yoga c’est l’arrêt des fluctuations incessantes de la conscience. La conscience, ou tout au moins la part périphérique de notre conscience, en sanskrit s’appelle Citta. Comme le petit singe de Tarzan. Et comme ce petit singe qui ne cesse de passer d’une branche à l’autre, la conscience ne cesse au cours d’une journée de passer d’une idée à l’autre, nous empêchant souvent d’être pleinement là… Tout le travail du yoga nidrâ (en dépit des apparences, c’est un véritable travail qui demande de la répétition, de l’entraînement, de la régularité) va alors consister à prendre conscience des moments où la conscience va s’échapper -soit parce qu’elle va se laisser happer par le sommeil du corps, soit parce qu’elle va se laisser entraîner par l’enchaînement des pensées. Et à pratiquer ensuite ce que le yoga appelle l’éternel retour, en ramenant la conscience vers le moment présent, sur le fil de l’instant, en équilibre entre vigilance et lâcher prise.

Toute séance se décompose en quatre temps distincts :

Une première phase de lâcher prise où l’on commence par mettre l’intellect en veilleuse en passant d’une présence mentale à une présence tactile, sensorielle.

Une deuxième phase où l’on aborde la rotation de conscience à travers le corps. Une étape essentielle qui permet, lors de chaque séance, de se relier à la réalité changeante, mouvante du corps et de partir à la rencontre de ce qui est à la fois profondément soi, et profondément vivant en soi.

Une troisième phase de visualisations où l’on sème de nouvelles graines dans le terreau du psychisme, avec des images symboliques fortes, ouvrant l’espace de la pensée, de la réflexion et de l’imagination.

Une phase de retour où l’on remonte en douceur vers le monde du dehors après cette plongée en terre intérieure…

Aucune séance de yoga nidrâ n’est semblable à une autre. Les traversées sont toutes différentes. C’est à chaque fois un voyage en soi, une avancée sur le chemin de la connaissance de soi.

C’est aussi un outil très intéressant pour les femmes enceintes,  pour partir chaque semaine à la rencontre du corps changeant de le grossesse et de la nouvelle vie qui se construit en soi…

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